Michel Tabachnik, chef d'orchestre et un des grands maîtres de la secte du temple solaire, est rejugé en appel depuis ce mardi au tribunal de Grenoble dans l'affaire des suicides qu'a connus la secte au milieu des années 90. L'homme est accusé d'avoir incité par ses écrits 16 adeptes à se suicider en 1995.
Relaxé en 2001 au terme d'un procès qui n'avait pas réussi à définir son influence réelle sur le suicide des adeptes du Temple Solaire, Michel Tabachnik va devoir s'expliquer une seconde fois. Il est poursuivi pour « association de malfaiteurs » devant le tribunal de Grenoble. Le musicien, ne dirigeant plus que quelques concerts par an, est soupçonné d'avoir poussé, par ses écrits ésotériques, 16 membres de la secte à se suicider dans la nuit du 15 au 16 décembre dans une forêt du Vercors.
En effet, le 22 décembre 1995, les corps calcinés de 16 personnes furent découverts sur un bûcher, tués par balles. Parmi eux se trouvaient trois enfants fils d'adeptes ainsi qu'Edith et Patrick Vuarnet, épouse et fils cadet de l'ancien champion de ski, Jean Vuarnet. Alain Vuarnet, ayant perdu son frère et sa mère dans la tuerie, s'est une nouvelle fois porté partie civile. « L'imminence des grands cataclysmes » ou « le transit vers Sirius », autant de notions tirées de la Kabbale, l'astrophysique ou l'alchimie pensées par Tabachnik et ayant, selon les accusateurs, entraîné la mort des adeptes. « Cela fait 11 ans que je subis toutes sortes de pressions médiatiques et judiciaires », a déclaré l'ancien numéro trois de la fondation occulte. En 2001, le procureur avait requis 5 ans de prison contre le chef d'orchestre.
Créé en 1984 à Genève par le médecin et recruteur Luc Jouret ainsi que par Joseph Di Mambro, cerveau et financier, l'Ordre du Temple Solaire a connu jusqu'à 350 membres. Les objectifs énoncés de l'Ordre étaient de rassembler une élite spirituelle afin de la préparer « à des travaux en vue de perpétuer la conscience une et la vie dans le temps et l'espace». D'un fonctionnement totalement secret, la secte était placée sous l'obédience absolue de la « synarchie du temple ». Son caractère sectaire et donc dangereux n'est pas en doute :
- les Grands Maîtres commandent, les autres doivent obéir.
- Sa prétention omni-explicative : « hormis l'enseignement donné, aucun autre enseignement ne peut être propagé, dispensé ou introduit par quiconque à l'intérieur de l'ordre ». (article 23 de la règle de l'ordre)
- Les membres sont totalement assujettis. Ils remettent leurs fortunes pour faire triompher l'ordre dans le monde.
Entre octobre 1994 et décembre 1995, des suicides collectifs des membres de l'OTS auront lieu en Suisse, en France et au Canada faisant 47 victimes dont les fondateurs Jouret et Di Manbro. L'Ordre du Temple Solaire n'existe plus.
Jean-Baptiste Lenne